vendredi 16 août 2013

LES MELANGES IMPOSSIBLES ET EXPLOSIFS…


Il y a des jours où certains voudraient être comme des autruches qui enfoncent leurs têtes dans le sable, histoire de ne plus voir à la télévision des hommes s’entretuer continuellement dans des conflits sans issues. C’est qu’en ce qui concerne la guerre en Syrie, s’éternisant depuis plus de deux ans, les médias ont fini par s’en désintéresser… du moins jusqu’à ce que le nombre de morts dépasse la mesure ou celui d’un autre conflit voisin.

En ce moment, c’est en Egypte que cela « chauffe » et on ne voit pas trop ce qui pourrait empêcher une guerre civile, sinon par la victoire du plus « fort »… et encore.
On a l’impression que les « disputes » s’enclenchent dès lors que l’Occident tente « d’imposer » un régime démocratique à des peuples qui n’en ont cure. A y regarder de près, c’est essentiellement sinon exclusivement dans des pays musulmans qu’éclatent ces tensions et conflits armés. En Syrie, en Lybie, au Liban, en Tunisie même, ainsi qu’en Egypte. Partout, des dictatures ont été renversées ou sont sur le point de l’être.

Il y a quelques jours, lors d’une émission radiophonique, journalistes et invités tentaient d’analyser les situations justement dans ces pays là, lançant quelques idées pour amorcer des solutions aux conflits ouverts ou larvés. Le courage a manqué cependant pour évoquer le fait que ces pays étaient tous musulmans et que sur le fond, l’Islam par essence ne se conjugue pas avec la démocratie telle que nous la vivons en Europe ou en Amérique. Le fait d’imposer une même loi (la Charia) à tous les citoyens d’une même nation, quelle que puisse être sa religion, et de fait empêcher tout musulman d’opter pour une autre foi, au risque de s’exposer à la mort, constituent en soit le fond du problème. Ceux qui imaginent un Islam de France ou d’Europe, déconnectés de ces réalités ou dogmes totalitaires, n’ont rien compris ou ne veulent rien comprendre. Là aussi, il y a des « autruches » aveugles.



Entendons-nous bien, la plupart des Musulmans sont de pacifiques voisins avec lesquels il est tout à fait possible de s’entendre. Mais, la revendication de plus en plus forte de certains est de disposer d’une législation qui leur est propre, distincte de celle de la République, quitte à adapter cette dernière. Dans certaines banlieues, les plus extrémistes n’hésitent pas à contester la loi française pour imposer « leurs lois » et sanctuariser leur quartier comme s’il s’agissait d’un califat.

Les solutions ?... Commencer par appeler un « chat » un « chat » et réaffirmer ce qui constitue nos valeurs, sans langue de bois. Refuser que l’on nous impose le dictat d’une religion quelconque et des « valeurs » qui lui sont associées. Je sais bien que cette démarche n’est pas très « diplomate », mais elle constitue la seule base d’un dialogue véritable et équilibré… ou d’un rapport de force.

Yéchoua’, le Messie, n’a jamais tenu un langage ambigu ou équivoque. Il a dénoncé le péché là où il était et n’a pas reculé devant la confrontation avec les chefs religieux dans leur hypocrisie, quitte à en payer le prix.

Les pays musulmans qui s’essaient à la démocratie occidentale n’aboutiront qu’à d’autres formes de dictatures plus ou moins tolérantes. Elles ne sortiront grandies que lorsqu’elles reconnaitront véritablement l’élection d’Israël dans le plan de Dieu et son Messie Yéchoua’. Entre la bénédiction d’Abraham et la malédiction, il faut choisir… La bénédiction va à la reconnaissance du Messie.

La démocratie cependant n’est pas la panacée et, même en Occident, elle a parfois accouchée de dictatures… Hitler entre autres… et plus sournoisement celle du matérialisme, de l’égocentrisme ou de la laïcité exacerbée. Nous ne sommes hélas pas non plus à l’abri de mélanges explosifs.

lundi 1 juillet 2013

Tu diras à ton fils!


(Publié dans le n°568 du Berger d'Israël)

De toutes les fêtes juives, Pessah’ est sans doute la plus ancienne et celle qui s’inscrit bien au-delà de l’ordonnance biblique, comme une expérience d’abord profondément vécue et à vivre.

Depuis 3500 ans, le peuple d’Israël commémore ainsi la sortie d’Egypte et la libération de l’esclavage de toute la famille de Jacob devenue en quelques siècles seulement un peuple innombrable.
Plus encore qu’une tradition familiale, Pessa’h est le récit d’une rédemption que Dieu lui-même a acquise pour son peuple. Aujourd’hui, elle représente comme une invitation récurrente à répondre à la « main tendue de Dieu » en ce jour. Et parce que l’agneau pascal représente aussi le signe prophétique d’une rédemption plus excellente que Dieu réalise au travers son Messie Yéchoua’, nos regards se doivent de traverser l’histoire et pointer vers le sacrifice du Messie, justement le jour de Pessa’h, quelques 1500 ans après la sortie d’Egypte.

Mais le plus étrange est encore cette dernière fête de Pessa’h célébrée par Yéchoua’ avec ses talmidim – ses disciples – quelques heures seulement avant d’éprouver les souffrances atroces de la crucifixion.
Que s’est-il donc passé durant ces jours entourant la période de la Pâque où Yéchoua’ devait mourir ?...

Au-delà des mots et des phrases, comment comprendre cet évènement capital dans le cadre duquel Yéchoua’ institue la Sainte Cène, le pain et la coupe, ces deux symboles de la Nouvelle Alliance qui est conclue non seulement avec les Juifs, mais aussi avec tous les hommes ?...


En ce début de printemps, c’est une grande foule qui converge vers Jérusalem. C’est le grand rassemblement annuel au cours duquel des dizaines de milliers d’agneaux vont être sacrifiés et mangés.
Normalement, un agneau devait servir à un groupe de 10 à 20 personnes maximum. Ni plus, ni moins.

Yéchoua’ envoie deux de ses disciples - Pierre et Jean - préparer la salle pour le repas.
Celui-ci est organisé la veille de la Pâque « officielle »[1]. Cette année là, c’était sans doute le jeudi soir que l’agneau devait être tué et mangé, or Yéchoua’ rassemble ses disciples le soir précédent, probablement le mercredi[2]. Pourquoi cela ?...
Certains pensent que Yéchoua’, en tant que rabbin plutôt controversé, a préféré ne pas se mêler à la masse des pèlerins qui allaient se bousculer le lendemain.
D’autres pensent qu’il y avait en fait à ce moment là plusieurs courants dans le judaïsme et qu’il existait au moins deux traditions qui fixaient des dates différentes pour le repas de la Pâque.
Quoiqu’il en soit, pour les auteurs des Evangiles, pour les disciples, comme pour la plupart des historiens, le choix d’un soir différent de celui des pharisiens pour le repas Pascal ne pose pas particulièrement problème.

Ce repas de la Pâque, si important et si réjouissant pour les Juifs, est pour les disciples marqué par le drame qui se prépare et une certaine tension.
Les disciples se réunissent effectivement le soir dans la salle où tout a été préparé avec soin.

A cette époque, la cérémonie de Pessa’h est déjà organisée et réglée par des ordonnances précises contenue dans ce qu’on appelle aujourd’hui encore un Seder - terme en hébreu qui signifie « ordre ».
Le Seder pratiqué de nos jours par les Juifs est, à quelques détails près, assez semblable à celui que vivaient les Juifs au début du premier siècle.

Voyons ce que nous rapportent d’un coté les Evangiles, de l’autre la tradition historique. Nous n’avons aucune raison de penser que Yéchoua’ et ses disciples aient suivi d’autres règles pour le Seder que celles en vigueur parmi leurs contemporains. Les auteurs des Evangiles ne mentionnent pas tous les détails, mais mettent en relief les points les plus importants.
Toutes ces  indications seraient sans grande importance, si elles ne déterminaient pas le cadre dans lequel Yéchoua’ institue la Sainte Cène.

Parmi les nombreuses étapes du Seder de Pessa’h, nous nous attarderons principalement à celles mentionnées dans les Evangiles de Luc ou de Jean :

Luc 22 : 14-18
L’heure venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui.
Il leur dit: J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir, car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.
Il prit une coupe, rendit grâces et dit: Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu.

Le Kiddouch. Il s’agit de la première coupe que Yéchoua’ prend et partage avec ses disciples. Il ne s’agit pas de celle qu’il utilisera pour la Cène. Il prononce la bénédiction et partage la coupe avec les disciples. Avec la troisième coupe, il s’agit des deux coupes les plus importantes du repas pour les Juifs.

Jean 13 : 3-5
Yéchoua’, qui savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements et prit un linge dont il s’entoura. Ensuite il versa de l’eau dans un bassin et se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.

La 1ère ablution des mains (il y en a trois en principe). C’est probablement à ce moment là que Yéchoua’ bouscule pour la première fois le protocole du Seder en lavant les pieds de ses disciples au lieu de se laver les mains.
Yéchoua’ par sa démarche a montré un exemple d’humilité et modifié l’échelle des valeurs dans l’esprit de ses disciples. Il n’y a plus de hiérarchie spirituelle abrupte. Tous sont serviteurs les uns des autres.
Viennent ensuite d’autres symboles et lectures relatives à la sortie d’Egypte. Le repas est aussi en partie servi sur une table mobile ou un plateau.

Jean 13 : 26.
Yéchoua’ lui répondit : C’est celui pour qui je tremperai le morceau et à qui je le donnerai. Il trempa le morceau et le donna à Judas, fils de Simon l’Iscariot.

Le pain trempé dans le plat. Durant le repas, Yéchoua’ prend un morceau de pain - une matzah, pain non levé - et le trempe à la fois dans les herbes amères et le ‘Haroset - une mixture très douce qui symbolise le ciment et les briques des esclaves hébreux en Egypte - et il donne ce morceau à Judas Iscariot. Celui-ci quittera ensuite la salle et ne participera pas à la suite du repas.
Tout ceci pourrait paraître presque anecdotique et une manière toute simple de désigner celui par lequel le trouble et les souffrances du Messie vont venir. Mais nous retrouvons dans la Méguilah de Ruth une description presque identique :
Ruth 2 :14
14  Au moment du repas, Booz lui dit : Approche, mange du pain et trempe ton morceau dans la vinaigrette. Elle s’assit à côté des moissonneurs. Il lui tendit du grain rôti ; elle mangea, se rassasia et garda le reste.

Un court verset qui aurait bien pu passer inaperçu, sinon que le livre de Ruth a indiscutablement pour le Midrash une portée messianique.
Ruth n’est pas seulement l’ascendante du roi David, elle est aussi celle du Messie qui vient.
Selon le Midrash, l’expression approche, et mange du pain… indique clairement qu’elle enfantera une lignée royale et plus tard celle du Messie-Roi.
L’usage ensuite du pain trempé dans le vinaigre annonce les souffrances du Messie. Le Midrash Ruth Rabbah, en expliquant Ruth 2.14, affirme même que le Roi-Messie a été blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; reprenant ainsi les mots du prophète Esaïe au sujet des souffrances du Messie (Esaïe 53 :5).

L’agneau Pascal est mangé : C’est au cours du repas que l’agneau, rôti au feu, est mangé. Il constitue l’aliment essentiel. C’est en principe la dernière nourriture solide mangée ce soir-là.
On reste avec ce souvenir de l’agneau aussi bien dans les esprits que dans l’estomac.
Depuis la destruction du Temple en 70 par les armées romaines, plus aucun sacrifice pascal n’a pu être offert. Les Juifs ont alors cherché une autre manière de rappeler le sacrifice de l’agneau. Le plateau du Seder, avec ses différents composants, a alors comporté un os d’épaule d’agneau marquant le souvenir du sacrifice de l’animal, mais tous ne sont pas unanimes sur le sens à donner à cet os.
De notre côté, nous retiendrons que l’os présent aujourd’hui sur le plateau du Seder peut difficilement rappeler autre chose que le sacrifice offert pour le rachat d’Israël.

La Matzah : La singularité de la fête de Pessa’h réside en grande partie en la consommation durant une semaine de pain exclusivement non levé, c'est-à-dire sans levain. A l’époque de Yéchoua’, comme aujourd’hui, le levain était un symbole de péché. L’absence de consommation de levain est donc une manière de se sanctifier autant que d’être sanctifier par Dieu lui-même. Car le pain n’est pas seulement une nourriture. Sans levain, le pain est un symbole de sainteté que l’on retrouve dans le Tabernacle[3], le Temple[4] et jusque – si j’ose dire – dans la bouche de Yéchoua’ quand il affirme être le pain de vie[5].
C’est pourquoi, le pain sacré mangé par les sacrificateurs dans le Temple parle aussi fort que le sacrifice dont le sang a été répandu sur les cornes de l’autel, et aussi fort que la matzah mangée par les israélites lors de la fête de Pessa’h.

Alors que l’on ne devrait plus rien manger après le repas afin de conserver le souvenir de l’agneau Pascal, Yéchoua’ accomplit une deuxième entorse au déroulement du Seder.

1 Corinthiens 11 :23-24.
Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis. Le Seigneur Yéchoua’, dans la nuit où il fut livré, prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.
Yéchoua’ propose ici un mémorial où lui-même, par le don de sa vie en sacrifice pour le pardon des péchés, s’identifie à l’agneau immolé de Pessa’h et à la matzah consommée. C’est déjà ce qu’il évoquait avec ses disciples dans ce surprenant passage de Jean 6.56 et suivants :
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. C’est ici le pain descendu du ciel. Il n’est pas comme celui qu’ont mangé vos pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Yéchoua’ prononce alors la bénédiction Motsi, mais l’épître aux Corinthiens n’indique pas les termes de cette prière. Tout simplement parce que celle-ci est bien connue des disciples. Elle fait partie de l’enseignement élémentaire de tous les Juifs. Quelle est-elle ?

Barouh atah adonaï éloheïnou Méleh haôlam Hamotsi léhem min haarêtz
Bénis sois-tu Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, toi qui fait sortir le pain de la terre.

Cette prière – et beaucoup d’autres - a été formalisée à l’époque d’Esdras plusieurs siècles auparavant. Aujourd’hui encore, celle-ci est utilisée notamment lors du Chabbath.
Que signifie-t-elle ?... Est-ce simplement une grâce pour la providence de Dieu et la nourriture qu’il nous donne chaque jour ou faut-il voir dans cette formulation un signe prophétique et messianique ?...
Yéchoua’, à plusieurs reprises et ici encore dans les versets cités plus haut, se présente comme le pain, le pain de vie qui est offert. C’est son corps livré pour nous. C’est Lui l’agneau Pascal, notre Pâque, qui donne sa vie pour le pardon de nos péchés.

Dans la prière de bénédiction, il est dit que c’est Dieu qui « fait sortir » le pain de la terre. En quoi le pain peut-il réellement  « sortir » de la terre?... N’est-ce pas plutôt le blé qui en germant surgit du sol ?... Ne faut-il pas plutôt discerner dans cette formulation Yéchoua’ lui-même, le pain de vie qui sort de la terre,  allusion à sa résurrection opérée par Dieu et sa sortie du tombeau creusé dans le rocher et la terre ?...
Nous pourrions déjà nous arrêter là méditant longuement sur cette curieuse analogie. Mais il y a  plus étonnant encore.

Les Juifs, après la destruction du Temple en 70[6], vont ajouter à la liturgie du Seder un élément significatif qui doit se substituer à l’agneau Pascal dont le sacrifice n’est désormais plus possible.
Sur la table du repas, les Juifs disposent 3 matzot[7] superposées. Au début du Seder, ils retirent celle du milieu, la brise en deux parties dont l’une est ensuite « cachée » à la vue des convives pendant la durée du repas. Celui-ci achevé, ils reprennent la matzah cachée et la partage entre les convives.
C’est exactement ce que fit Yéchoua’ avec ses disciples plusieurs dizaines d’années avant l’institution rabbinique.
Cette matzah rompue au début du repas, puis cachée, puis découverte à nouveau après le repas pour être partagée, représente aujourd’hui l’agneau de Pessa’h. Les Juifs font exactement ce qu’a fait Yéchoua’ lors de son dernier repas avec ses amis. Est-il nécessaire d’ajouter que la matzah « cachée » peut aisément signifier l’enfouissement dans la terre du corps du Messie, avant sa résurrection 3 jours après ?

Cette matzah porte un nom, le seul terme dans le Seder qui soit en grec, Afikomen qui peut se traduire par « il est venu ». Or il n’existe pas d’explication rabbinique véritable au sens de ce mot ou même à la présence de ce seul mot grec dans une liturgie entièrement en hébreu.

Le geste de Yéchoua’ avec le pain est devenu en quelque sorte un signe prophétique pour les Juifs, tout au moins pour ceux qui l’ont reconnu comme Messie.

1 Corinthiens 11. 25-26.
De même, après avoir soupé (il prit) la coupe et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez.
Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Yéchoua’ prend ensuite la troisième coupe (sur les 4 qui sont bues). Il prononce la bénédiction sur cette coupe et la partage entre les disciples en signifiant qu’il s’agit de son sang, le sang versé pour le rachat des péchés.
Là encore, Yéchoua’ identifie le vin partagé au sang qu’il versera lui-même le lendemain sur la croix pour le pardon des péchés.

Sans entrer maintenant dans les détails, les 4 coupes du Seder représentent 4 expressions de la rédemption exprimées dans un passage de l’Exode[8]. La troisième coupe est appelée « la coupe du rachat », c'est-à-dire pour le rachat des péchés. Il ne fait pas de doute que les disciples ont vite fait le lien entre les propos de Yéchoua’ et la signification de cette coupe.
Un autre détail qui a son importance. La tradition rapporte que le vin employé pour le Seder était coupé avec de l’eau, elle-même chauffée. Cela voulait dire que le vin de la coupe était chaud ou, pour le moins, tiède. Si cela est confirmé, l’identification avec le sang de l’agneau Pascal devait être encore plus marquante.

Comme pour le pain, Yéchoua’ prononce la bénédiction d’usage :

Barouh atah adonaï éloheïnou Méleh haôlam Boré’ Pri Hagafen
Bénis sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, toi qui créé le fruit de la vigne.

Bien entendu, il ne s’agit pas simplement de remercier Dieu pour le vin, si bon soit-il, que nous buvons. Le thème de la vigne est repris par Yéchoua’ en Jean 15. Yéchoua’ est le Cep. Le Père est le Vigneron. Nous sommes les sarments qui portent du fruit.

Il est intéressant de noter que dans cette bénédiction, le verbe « créé » (Boré’) - est celui-là même qui se trouve employé en Genèse 1. Seul Dieu peut en être le sujet. La prière a donc ici pour objet de nous rappeler que les « fruits » que nous portons sont l’œuvre de Dieu seul. C’est du reste ce qu’évoque déjà le prophète Esaïe lorsqu’il dit :

Esaïe 26:12  Éternel, tu mets en nous la paix, Car tout ce que nous faisons C’est toi qui l’accomplis pour nous.

Il est possible également de comprendre que le « fruit » produit par Dieu dont il est question dans la bénédiction est l’œuvre de rachat que Dieu accomplit pour notre salut par le sacrifice pascal.
Il n’y a donc pas de place pour un quelconque mérite. Pour le pain comme pour la coupe, c’est le sacrifice qui est au centre. C’est Dieu qui fait sortir le pain de la terre, c’est Lui qui nous rachète en effaçant nos fautes et c’est encore lui qui rend nos œuvres parfaites devant Lui.

En cette fin du 1ier siècle, les Juifs ont bien compris l’importance du sacrifice pascal et ils se sont appliqués à trouver un moyen de perpétuer le souvenir de l’agneau, car sans son sacrifice, il n’y a pas de pardon.
Ils ne se doutaient probablement pas que les disciples du Messie Yéchoua’ accomplissaient déjà les mêmes gestes et pour les mêmes raisons – se souvenir de l’agneau.

La dernière étape du Seder est appelée aujourd’hui Nirtsa. Les Juifs espèrent par le bon accomplissement du Seder, qu’ils seront agréés par Dieu. Ils ont gardé les portes ouvertes et réservé une place pour le prophète Elie – celui-ci doit précéder la venue du Messie.
Pour les Juifs, d’aujourd’hui comme d’hier, Pessa’h annonce et prépare la venue du Messie. Combien plus pour ceux qui croient en Yéchoua’ et dont l’attente est celle du retour du Messie glorieux.

En cette saison de Pessah’, puissions-nous partager l’espérance du Messie et vivre cet avant-goût du ciel en famille et avec des amis.


[1] En fait, le soir du Seder des pharisiens semble décalé d’une journée par rapport à celui célébré par Yéchoua’ comme l’atteste le texte de l’Evangile de Jean (19 :31 et suivants) qui précise que le procès et la crucifixion se sont déroulés durant le jour de la « préparation » des Juifs, donc juste avant le soir du Seder.
[2] Il existe en réalité un débat assez ouvert sur la date de la Pâque célébrée par Yéchoua’ et par voie de conséquence sur le jour de la crucifixion. La tradition chrétienne a fixé au vendredi le jour de la mort de Yéchoua’, mais l’exégèse du texte et l’examen du contexte juif de l’époque conduisent beaucoup de commentateurs à exclure cette hypothèse au profit du jeudi, et même du mercredi.
[3] Exode 29, 34. Lévitiques 8, etc.
[4] Néhémie 10. ; Ezéchiel 44.
[5] Jean 6 :31-41.
[6] Lors d’un concile à Yavné à la fin du 1ier siècle.
[7] Matzot : pluriel de Matzah ; le pain sans levain.
[8] Exode 6. 6-7.

jeudi 4 avril 2013

"Bonne nouvelle", la nouvelle était fausse... mais…

Il n'a pas fallu longtemps pour recevoir finalement un démenti d'une nouvelle qui n'avait pas été rapportée en France (ou presque). Heureusement?... J'en parlais brièvement il y a seulement quelques heures dans mon dernier "post". Ce cinéaste israélien tabassé à Aubagne ne l'a finalement pas été, même s'il y a eu un "incident", mais qui n'a pas eu la gravité extrême que l'on craignait. Un propos rapporté exagérément?... Des nuances qui n'en étaient pas?... Les médias israéliens qui s'étaient emparés de l'affaire se sont malheureusement piégés eux-mêmes à leur propre idée qu'ils se font d'une France enflammée d'un antisémitisme métastasé jusqu'aux communes les plus calmes de la France profonde.

Pensez-donc, pour la plupart des gens, Aubagne rime davantage avec Pagnol qu'avec "quartier nord" de Marseille ou « cité du 93 ». A force de crier au loup, on finit par le voir de partout or il convient de rester prudent pour ne pas alarmer inutilement ou endormir nos lecteurs dans une vigilance qui fléchirait. Le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) a fait part de ses excuses et je m’associe à lui pour exprimer mon regret que de telles informations aient pu passer sans véritable contrôle. Le cinéaste en question devra sans doute s’en expliquer et être plus prudent en témoignant à l’avenir (voir le lien vers le site du CRIF : http://www.crif.org/fr/leditorialdupresident/lagression-daubagne-une-fausse-nouvelle/36078). Les grands journaux israéliens se doivent aussi de prendre la mesure des nouvelles qu’ils rapportent s’ils veulent rester crédibles. La bonne nouvelle cependant, outre la bonne santé du cinéaste israélien, est la réaction de « mea culpa » des médias et du CRIF qui se sont fait l’écho de ce fait divers qui, malheureusement, aurait pu être tout à fait vrai. On ne peut pas en dire autant de certains médias français mouillés dans des affaires autrement plus graves (on en reparlera peut-être une autre fois). Avouer sa faute, par les temps qui courent, à l’instar d’un ministre, ce n’est pas vraiment payant, même si cela soulage la conscience. Une conscience que nos politiques semblent avoir anesthésiée pour ne faire transpirer que davantage d’hypocrisie.

Il n'empêche que le cancer de l'antisémitisme a bel et bien pris un chemin et une ampleur dont les précédents peuvent en effet faire craindre le pire. Je suis régulièrement sollicité par des amis qui à l’étranger reçoivent l’écho de faits gravissimes relatifs à l’antisémitisme en France. La plupart du temps, les informations qu’ils ont reçues sont exactes mais juxtaposées de telle sorte que les faits rapportés sur une période de 2 ou 3 ans se trouvent « concentrés » sur un temps donné de quelques semaines seulement. Si bien que le sentiment du lecteur est qu’il y a une explosion soudaine de la situation en France. Un sentiment qui de fait n’est pas une réalité. Le métier de journaliste est, on l’a bien compris, difficile et chargé de responsabilité. On n’est jamais complètement neutre et les effets que l’on produit constituent un « pouvoir » phénoménal. Cet énième épisode dans la guerre des communications et la lutte contre l’antisémitisme doit nous amener à une vigilance accrue et une prudence afin que l’alerte soit entendue et comprise le moment venu.

mercredi 3 avril 2013

Bonjour monsieur Katzman !


Peut-être connaissez-vous l’histoire juive de ce monsieur Katzman qui au sortir de la guerre, craignant l’antisémitisme de ses concitoyens, demande aux autorités de pouvoir changer son nom pour le rendre moins « reconnaissable » comme patronyme juif ? S’adressant alors à l’officier d’état civil, il suggère de franciser son nom en le traduisant. C’est ainsi que monsieur « Katz » - « man » devint monsieur « chat » - « l’homme » : Chalom !

Un résultat aussi éloquent qu’amusant qui témoigne de l’effort, parfois vain, à vouloir « s’effacer » dans une société qui cache mal son malaise vis-à-vis des Juifs. Et pourtant, près de 70 ans après la fin de la guerre, le ministère de la justice français vient de revenir sur ses positions et autorise à nouveau les Juifs de France à reprendre leur patronyme d’origine. Faut-il comprendre par-là que les temps sont devenus plus cléments pour les Juifs ?... Nullement. A moins que les Juifs de France ne voient plus la nécessité de se « cacher » et préfèrent courageusement – à moins que ce soit de la résignation – afficher clairement leurs origines au travers de leur nom.

Il y aurait cependant de quoi s’inquiéter. Il y a quelques jours seulement, un cinéaste israélien – Yaniv Horowitz – a été tabassé par de jeunes arabes au sortir de la projection de son film lors d’un festival cinématographique à Aubagne. Les journalistes français devaient sans doute se trouver ailleurs car on n’en a pas fait mention dans les journaux. C’est sûr qu’avec son patronyme, il ne pouvait pas passer inaperçu. Et je doute fort qu’il ait fait par ailleurs une publicité tapageuse de sa qualité de citoyen israélien.

De toutes les manières, le tabassage de Juifs ne doit plus faire la une de journaux dans notre pays et… il faut arrêter de rabâcher les gens avec l’antisémitisme quotidien des banlieues abandonnées aux hordes d’islamistes radicaux. N’est-ce pas notre ministre de l’Intérieur qui déclarait il n’y a pas si longtemps que les « Mérah » en puissance se comptaient par dizaines dans les banlieues françaises, prêts à passer à des actes autrement plus définitifs ?...

Curieuse histoire aussi que celle de cette jeune femme égyptienne à qui l’on avait caché ses origines juives. Eduquée dans la haine des Juifs depuis son plus jeune âge, elle découvre soudainement sa judéité et se voit contrainte de quitter le pays dans la précipitation, menacée de mort par des salafistes. Actuellement en service dans l’armée israélienne, elle raconte ce qui a été sa situation « d’avant » et « d’après » sa sortie d’Egypte. Récit émouvant alors que nous terminons les célébrations de Pessa’h et « notre » propre sortie d’Egypte. La haine des Juifs est un esclavage qui tient prisonnier des millions d’individus en Egypte, comme ailleurs dans le monde. Cet esclavage conduit cependant à la mort et beaucoup ne le savent pas. En réalité, il n’est qu’un effet collatéral du péché qui touche toute l’humanité. Si Pessa’h nous a conduit à réfléchir sur nous-mêmes, notre identité, notre histoire et notre place en ce monde. Pessa’h est aussi une invitation à considérer notre présent, notre comportement, nos paroles et nos actions. Pessa’h enfin nous fait considérer le monde à venir comme meilleur, dans l’attente que le Machia’h revienne et établisse son royaume. Mais tout commence à Pessa’h quand l’agneau est immolé et son sang protecteur répandu pour notre Salut. Sans l’agneau de Pessa’h, il n’y a pas de suite à l’histoire… Et s’il n’y avait que l’agneau de Pessa’h pour notre salut, nous dirions encore « Dayénou » - cela nous aurait suffi ! [expression que l’on retrouve dans la liturgie de Pessa’h]

Bien plus tard, Yohanan (Jean le baptiseur) déclarera en parlant de Yéchoua’ le nazaréen : « Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! » (Jean 1.29)

Nous faut-il ajouter quelque chose ?... Dayénou !

Finalement ! Monsieur Katzman a bien eu raison de judaïser son nom : Puissions-nous être tous des porteurs de paix au patronyme « Chalom » !

Chalom en Yéchoua’ !

G.A.