jeudi 18 février 2016

QU’EST-CE QUE L’ESSENTIEL ?

Je m’empresse de rassurer certains. L’intitulé de cette question n’est pas le dernier ou le prochain sujet de philosophie au baccalauréat. Et je ne saurais être « prophète » en la matière.
Plus prosaïquement, cette question est en réalité LA question à laquelle chacun se doit de répondre pour sa vie. Mais, il faut en convenir, tout le monde n’y répond pas de la même manière. Certains considèrent essentiel leur « épanouissement personnel », d’autres leur « confort matériel », d’autres encore leur « réussite sociale et familiale ». Certains, plus rares, trouvent fondamental de consacrer leur vie entière à transmettre valeurs et idées à la génération suivante. Bref ! Selon les priorités de chacun, « l’essentiel » prend des formes concrètes extrêmement variées. C’est aussi ce qui anime et rend passionnant le débat sur la question.



Cependant, je reste perplexe quand certains de mes amis, des frères et des sœurs animés des meilleures intentions, à la suite du dernier article que j’ai publié — La diplomatie française à l’heure de la « féodalisation » (http://lebergerdisrael.blogspot.fr) — sans émettre de commentaire particulier à son propos, s’empressent de me rappeler que « l’essentiel » est ailleurs. Sous-entendent-ils que mon propos avait une pertinence toute relative ? M’inviteraient-ils à « aussi » ou « surtout » considérer ce qu’ils jugent, eux, « plus » essentiel ? Sans autre précision dans leur réponse, bien des options sont possibles. C’est donc brièvement, que je réponds à leur interpellation, peut-être un peu à la « normande ». Car à mes yeux, ils ont à la fois « raison » et « tort ».

En effet, l’essentiel ne consiste pas à constater simplement les égarements divers et variés des politiques menées par nos contemporains. Relatifs au peuple juif et à Israël, ils sont hélas nombreux et conduisent au « mieux » à noircir un peu plus l’image des Juifs, au « pire » à préparer les persécutions présentes et à venir. Je ne suis d’ailleurs pas, et de loin, le seul à constater tout ce qui « tourne » de travers dans notre société. Les questions éthiques et morales sont notamment régulièrement abordées et il est rappelé avec pertinence les conséquences terribles que certaines des décisions de notre gouvernement ont et vont encore engendrer. C’est bien entendu avec raison que ces sujets sont mis en valeur et personne ne semble critiquer leur essentialité. Alors pourquoi, dès lors que l’on parle d’Israël, le réajustement de certaines vérités historiques semble d’un seul coup plus « relatif », moins « essentiel » ? Est-ce parce qu’Israël serait considéré comme un sujet trop « sensible », controversé, ou peut-être trop « politisé » ? Israël serait-il trop « adulé » spirituellement par les uns ou au contraire « déconnecté » de la réalité spirituelle ou prophétique par d’autres ? La « critique » manquerait-elle d’équilibre, sans que l’on sache vraiment sur quoi reposerait l’équilibre de cette critique ?
En réalité, l’essentialité d’un sujet, quel qu’en puisse être le traitement, est une notion très relative. Elle varie selon les temps et les moments, la perspective ou les conditions dans lesquelles on se trouve. C’est ainsi que l’essentialité d’un sujet peut sensiblement varier d’un individu à l’autre sans que la pertinence de celui-ci soit intrinsèquement en cause.
Ce qui rend en fait l’analyse d’un sujet « essentiel », c’est sa juxtaposition ou sa comparaison à un autre. Et même ainsi, une essentialité peut être mouvante avec le temps et les circonstances.
Ceci étant dit, la remarque de quelques lecteurs à cet article ne portait pas forcément sur l’étude proprement dite des positions considérées par ces ambassadeurs, en tout cas pas uniquement. Il y avait peut-être le sentiment qu’il y manquait « quelque chose » de leur point de vue plus « essentiel » encore. Une parole de Yéchoua’ ? Un appel vibrant à le suivre ?... Peut-être, je le concède volontiers.

L’essentiel n’est pourtant pas non plus dans le jugement que l’on pourrait porter sur l’analyse de tel ou tel sujet relatif à Israël. À moins d’avoir les yeux bouchés et l’entendement obscurci, il est clair que derrière toutes les péripéties qui entourent les actions des hommes en faveur, mais surtout en défaveur d’Israël et du peuple juif aujourd’hui, il existe une réalité spirituelle qui transcende l’Histoire avec un grand « H ». Et la présentation de cette réalité est en effet « essentielle ». Elle passe par une compréhension renouvelée des faits qui nous entourent afin que le croyant en Yéchoua’, comme celui qui s’interroge encore à son sujet, ne se laisse pas surprendre, ou abuser, lors de l’accomplissement des desseins de Dieu annoncés par les prophètes, notamment en ce qui concerne Israël.

Cette « analyse » de l’actualité ne se substitue pas au message central des Évangiles. Elle le contextualise. Elle ne constitue pas en soit une invitation au Salut. Elle nourrit sa pertinence. Loin d’enfoncer le lecteur dans une sinistrose sans fin, elle l’amène à lever les yeux vers le ciel, vers celui qui a tout préparé pour notre Salut.

Yéchoua’ est le Machia’h annoncé par les prophètes, le Sauveur d’Israël et finalement de tout homme qui s’approche de lui pour obtenir le pardon de ses fautes.
Le sang versé par le Messie est devenu une « folie » aux yeux des hommes, pour les Juifs comme pour les non-juifs. Or, ce sang est vraiment ce qui est « essentiel », car selon la Loi, sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon.
Quelle autre solution les hommes proposent-ils ?... Aucune qui n’est pas une « folie » aux yeux de Dieu.

Finalement, dans la perspective des hommes, il n’y a pas une seule chose essentielle, mais plusieurs selon les temps et les moments. Mais lorsqu’on lève les yeux vers le ciel, il n’y en a plus qu’une seule qui soit vraiment essentielle.
La vocation du Berger d’Israël est d’amener tout homme, le Juif premièrement, puis le non-juif, à porter ses regards de la terre vers le ciel, vers le Machia’h Yéchoua’. Il est vivant aujourd’hui et il se prépare à revenir au milieu des siens, les Juifs.

Le croire ou non est ce que je crois essentiel.

vendredi 12 février 2016

La diplomatie française à l’heure de la « féodalisation »

Cela fait, hélas, longtemps que plus rien ne nous étonne de la part de la classe politique française, de moins en moins encline à masquer sa haine d’Israël et relayée fidèlement par la quasi-unanimité des médias tricolores, tous aux ordres d’une politique étrangère française empêtrée depuis plus de 40 ans dans son délire anti-israélien.

Nous sommes devenus au fil du temps comme blasés par le décalage récurrent constaté entre le discours ou les annonces de nos dirigeants politiques — de l’extrême droite à l’extrême gauche — et la réalité du terrain où prolifère sans retenue la parole antisémite, dans ses « habits » neufs antisionistes et jusqu’à la violence à présent quotidienne dans le pays.
L’inversion des rôles et responsabilités dans les violences faites aux Juifs est, très étrangement, largement acceptée et, tel un zombi, le citoyen lambda ne voit plus la victime en « victime », pas plus que l’agresseur en « agresseur ». Par, on ne sait trop quel tour de passe-passe, le Juif atteint dans sa chair est devenu responsable de ce qui lui arrive et son agresseur, une « victime » collatérale de l’hostilité intrinsèque que suscite les Juifs.


C’est ainsi que durant une vingtaine d’années, de 1948 à 1968, les nations arabes étaient perçues comme la partie la plus intransigeante, accusée de refuser de reconnaître Israël et de déclencher des conflits à répétition dont le but déclaré était l’expulsion, pour ne pas dire l’extermination des Juifs du Jourdain à la mer. Assurément, l’identification de la « victime » et de « l’agresseur » était encore d’une limpide évidence. On ne parlait à ce moment-là ni de « droit au retour » de Palestiniens, ni de création d’un État de Palestine, ni même d’occupation militaire où que ce soit.

Que la Judée et la Samarie aient été « vidées » — par une opération au sens propre d’épuration ethnique — de ses habitants juifs par l’armée jordanienne en 1948, on n’en a pas ou peu parlé. De « frontières », il n’en était pas davantage question. Tout au plus s’est établie de fait une ligne d’armistice entre les belligérants, ce que certains vont appeler la « ligne verte ».
Le conflit de 1967, surnommé « la guerre des 6 jours », qui a consacré une victoire écrasante d’Israël face à des adversaires nihilistes et irrédentistes, a manifestement engendré un changement de stratégie de la part des nations arabes et une modification notable des politiques occidentales vis-à-vis d’Israël.

Dès lors que sur le plan militaire, la victoire arabe semblait, au moins dans l’immédiat, « impossible », les Arabes, avec le concours des services secrets russes (KGB), ont échafaudé une nouvelle approche, une stratégie d’inversion des valeurs et même des rôles des protagonistes dans le conflit. Quoiqu’ils aient été les « agresseurs », les Arabes se sont alors présentés en « victimes » et Israël, qui subissait pourtant l’agression et la volonté exterminatrice de ses ennemis, s’est retrouvé au banc des « accusés ».
Peu après, le triple refus arabe à Khartoum n’a pas permis aux diplomates de prendre conscience qu’en réalité rien n’avait changé. C’était un « non » à la paix, un « non » à la reconnaissance d’Israël et un « non » à la négociation avec Israël. Dans un tel scénario, Israël aurait été mal avisé de céder sur quoi que ce soit. On lui en a fait pourtant le reproche.

Dès ce moment-là, tout a été redéfini comme un conflit dont « l’agresseur » était exclusivement Israël et la « victime », les Arabes. Il a été construit par ailleurs une problématique exclusive autour d’un différend territorial impliquant un « peuple », les Palestiniens, au demeurant sans « histoire » nationale, qui aurait été dépossédé de sa terre, dès 1948, et dont le territoire serait « occupé » par un Israël conquérant à l’origine du conflit. Ainsi présentée, la causalité du conflit n’est plus l’agression arabe généralisée suite à la création de l’État d’Israël, mais l’existence même d’Israël, aussi bien sur le plan juridique que sur le plan pratique. Le résultat du conflit de « 1967 » devient un épisode de plus, en aucune façon le fruit de l’obstination arabe à vouloir éradiquer Israël, mais le produit « inacceptable » d’une résistance juive à ne pas se soumettre au diktat de l’islam.

Tandis que le fond du problème était et est toujours le « refus » arabe d’une reconnaissance d’Israël, les chancelleries occidentales ont finalement choisi le « camp » arabe, plus profitable à leurs intérêts, énergétiques notamment.
Ainsi redéfinis les rôles respectifs et les valeurs fondamentales en balance dans le conflit qui oppose Israël au monde arabo-musulman, cette « inversion » du sens remodèle les relations des Juifs avec les sociétés où ils sont intégrés partout dans le monde.

Faut-il alors s’étonner qu’après plus de 40 ans de matraquage politique et médiatique, plus personne ne croie à la persistance du triple « refus » arabe de Khartoum au profit d’une réalité fantasmée où Israël est à l’origine de toute la misère du monde et celle d’un « peuple » palestinien en particulier, nourri d’une haine indicible et autodestructrice contre les Juifs ?
L’appel récent d’un collectif d’ambassadeurs français à « sauver l’État palestinien » s’inscrit naturellement dans ce diabolique aveuglement qui consiste à ne vouloir voir dans le conflit israélo-arabe qu’une « injustice » impardonnable de la part d’Israël. Celui-ci ne prend en définitive « que » des mesures injustes et unilatérales : tels un « mur spoliateur », « l’installation de 650 000 colons », « l’enfermement de Gaza »… Le choix des mots et des « maux » emprisonne nécessairement Israël dans la posture de l’accusé, sans que celui-ci puisse se défendre ou soit défendable.

Les actions palestiniennes se trouvent ainsi « justifiées » en ce qu’elles sont des « réactions » et non le produit d’une orientation politique, idéologique ou religieuse particulière. La disproportion dans le nombre de « victimes » dans les deux camps plaide en défaveur d’Israël, comme si la parité en la matière établissait un juste équilibre moral. Or, cette « disproportion » est partie intégrante de la dialectique palestinienne.
Il est intéressant de relever que le texte de ces « diplomates » ne se réduit pas à une discussion sur des divergences politiques entre États, somme toute fréquentes dans bien des domaines. C’est le peuple juif lui-même, où qu’il se trouve, qui est dans le collimateur de ces hauts fonctionnaires. En effet, il ne faut pas se laisser abuser par l’usage intensif d’un vocabulaire volontairement biaisé. Derrière les « lobbies » qui poussent les gouvernements américains à « s’inféoder » à Israël, ou encore ceux qui, paraît-il, manipulent les Européens, dans « l’ombre de la Shoah », qui voir d’autres que les Juifs, telle une « 5e colonne », unis comme un seul peuple contre les intérêts du monde ?

La proposition française de reconnaître un État palestinien, en l’absence de résultat dans de « pseudo-négociations » est un modèle du genre de fausse diplomatie inique et un parti-pris flagrant, en même temps qu’affligeant, pour un État palestinien que Mahmoud Abbas appelle lui-même de ses vœux Judenrein, c’est-à-dire sans aucun juif. Le projet de constitution du futur État palestinien, qui n’est nullement caché d’ailleurs, est aux antipodes de ce qu’exigerait un minimum démocratique. Dictature, discrimination, inégalités, racisme et antisémitisme sont les ingrédients d’un futur État que la France souhaite ouvertement et de tout cœur. La « déclaration » de Khartoum, jamais récusée, est depuis longtemps oubliée, tandis qu’elle demeure d’une stupéfiante actualité. Pas de paix, pas de reconnaissance et pas de négociation.

Ces hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères n’agissent sans doute pas sans l’aval de leur ministre de tutelle et je doute fort qu’ils ignorent la duplicité de leurs propos. Nous ne sommes donc plus au stade de l’ignorance involontaire et tout cela augure des jours sombres pour la France.
Cette « inversion » des valeurs et des postures, dont je parlais plus haut, m’amène à penser que même cette présente « explication de texte » risque d’être considérée par bien des lecteurs comme le produit d’un « lobbying » juif « inféodé » à la politique israélienne.

Mais vous n’êtes pas obligé de le croire…

mercredi 27 janvier 2016

Le négationnisme de la Shoah est-il vraiment à propos de la Shoah ?

Par Olivier MELNICK (traduit de l'Anglais)

En 2005, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté la résolution 60/7 choisissant officiellement le 27 janvier comme Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah. Il s’agit du jour où le monde entier est supposé se souvenir de la Shoah et de ses victimes. 2016 marque le 71e anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau. Aujourd’hui, plus que jamais, le mot d’ordre «PLUS JAMAIS» doit être répété aux plus âgées d’entre nous et enseigné aux plus jeunes, car bien peu des survivants de la Shoah sont encore en vie de nos jours. Nous courrons donc le risque d’oublier l’un des plus importants, sinon le plus tragique des génocides de l’histoire humaine.


      
Cette date est différente de celle retenue dans le monde juif pour la commémoration de Yom HaShoah et qui a lieu chaque printemps en Israël. La Journée internationale est un événement parrainé par l’Organisation des Nations Unies. Quand bien même j’ai perdu toute confiance en la capacité ou même la volonté de l’ONU à tenir une posture honnête envers Israël, j’ai apprécié la déclaration du Secrétaire Général Ban Ki-Moon : «Nier les faits historiques, surtout sur ​​un sujet aussi important que celui de la Shoah, n’est tout simplement pas acceptable. Il est tout aussi inacceptable d’appeler à l’élimination de tout État ou peuple. J’aimerais voir ce principe fondamental respecté à la fois dans la rhétorique et en pratique par tous les membres de la communauté internationale». Bien entendu, si l’on considère toutes les pressions exercées à l’ONU par de nombreux pays qui sont des ennemis déclarés de l’État juif, on imagine sans peine la tension existante et permanente entre l’affirmation des faits avérés historiques et le politiquement correct de rigueur dans ce cercle.

En 1978, l’antisémite ardent Willis CARTO a fondé l’Institut pour le Révisionnisme Historique (IHR). M. CARTO est décédé l’année passée, mais le site web de son Institut est toujours en place. De plus, ses administrateurs prétendent ne pas être des négationnistes. Leur site internet présente de nombreux livres, vidéos, CD et DVD faisant la promotion de leur point de vue. Il convient de remarquer qu’un site intitulé «
Institut pour le Révisionnisme Historique» traite bien évidemment presque exclusivement du négationnisme de la Shoah et des théories de cabale juive. IHR est l’un des nombreux sites vantant les thèses du révisionnisme historique. Ils ont en commun de focaliser leur attention sur Israël, les Juifs et la Shoah plus que tout autre sujet. Leur «révisionnisme» a donc une thématique quasi unique qui montre clairement leur antisémitisme patent.

D’un côté, c’est seulement quand il s’agit de la Shoah que les critiques fusent, portées par de pseudo-arguments scientifiques relatifs à la catastrophe juive. Des individus comme David IRVING, Louis FAURISSON, Roger GARAUDY, Louis FARRAKHAN ou même Bobby FISHER ne sont que quelques-unes des personnalités connues du « panthéon » de l’antisémitisme et du négationnisme. Cela semble être une obsession pour ces hommes (et beaucoup d’autres) de «prouver» que la catastrophe juive était un gigantesque supercherie.
D’un autre côté, très peu de personnes, s’il en est, n’ont souhaitées écrire de livres pour minimiser ou même nier d’autres événements tels que les massacres au Soudan, la guerre au Kosovo, le génocide arménien ou même les massacres sous Staline. Toutes ces tragédies (et bien d’autres encore à travers l’histoire) entrainèrent la mort de millions de personnes innocentes. Pourtant, lorsque l’on évalue l’intérêt porté à la négation de la Shoah, par rapport à tout autre génocide ou conflit sanglant dans l’histoire, il apparait un déséquilibre flagrant. Comment l’expliquer?

En outre, il ne viendrait à l’esprit de personne de tenir un groupe ethnique ou «sous-groupe» collectivement responsable de quelque génocide ou meurtres de masse, tandis qu’une petite partie seulement de ce même groupe serait à incriminer. Mais s’agissant des Juifs et d’Israël vis-à-vis des Arabes palestiniens, la perspective change subitement et radicalement pour établir une culpabilité assurément collective. Ceci étant, «l’accusation» est bien incapable de «démontrer» que les Juifs israéliens sont coupables de «nettoyage ethnique» à l’encontre des Palestiniens; ce qu’ils ne sont pas bien entendu. Mais, à supposer un instant qu’ils le soient, la question se pose alors : «Pourquoi tous les Juifs du monde devraient-ils être responsables de ce que les Israéliens “infligeraient” aux Palestiniens?» Logiquement, aucune responsabilité collective ne devrait s’appliquer à eux, n’est-ce pas? Mais malheureusement, l’antisémitisme entre dans une tout autre «logique».

Si nous suivons le même « raisonnement » énoncé plus haut, tous les Turcs et de tous les temps devraient être tenus collectivement responsables du génocide arménien perpétré au début du 20e siècle. Il y a probablement, à l’échelle du monde, un bien faible nombre de personnes détestant les Turcs, mais même parmi celles-ci, aucune n’aurait l’idée de considérer tous les Turcs, peut-être même de tous les temps, responsables en quelque sorte par procuration. Pourtant, c’est ce même principe de responsabilité «collective» qui s’est imposé à chaque Juif, en tout lieu et en tout temps de l’Histoire. Même les personnes juives aujourd’hui — aussi difficile que cela puisse se concevoir — ne considèrent pas tous les Allemands (d’il y a 70 ans, comme de nos jours) comme des nazis.

Après tout, peut-être faut-il voir la démarche actuelle des négationnistes de la Shoah comme ciblant en premier lieu le Juif — au sens générique — c’est-à-dire le Juif partout dans le monde et à toutes les époques — pour le diaboliser et l’ostraciser à outrance. Cela pourrait conduire le monde entier à considérer les Juifs comme des «sous-hommes», un concept élaboré par Hitler et utilisé pour justifier la Solution Finale au problème juif. En conséquence, aussi paradoxal que ce soit, le négationnisme de la Shoah pourrait conduire à une autre Shoah.

N’est-ce pas là une excellente raison — sinon la meilleure raison — pour continuer à nous souvenir de la Shoah
? Et nous opposer aux négationnistes fomenteurs d’une nouvelle Shoah? Nous devons par ailleurs également continuer à rappeler le souvenir du génocide arménien, même si celui-ci ne semble pas faire l’objet d’autant de contestation, sauf parmi les Turcs. Le même principe de commémoration en souvenir des victimes, quelles qu’elles soient, s’applique à tous les autres génocides connus. Même si le sentiment de lassitude et de découragement nous assaille, nous devons continuer à témoigner sans relâche, aussi longtemps que des individus essayeront d’affirmer que la Shoah n’a jamais eu lieu. Il est de NOTRE devoir, en tant qu’êtres humains dignes, de tout faire pour démontrer que le drame de la Shoah s’est bien produit, car bientôt, les derniers témoins encore vivants de cette catastrophe seront tous partis.

Isaïe 63:9
Dans toutes leurs détresses, il a souffert avec eux, et l’ange qui est devant lui les a sauvés.
C’est lui-même qui les a rachetés, dans son amour et sa compassion, et constamment, par le passé, il les a soutenus et portés.